• Jeanne-Lise Thiennot

La gratitude du coquelicot



J'ai lu récemment le dernier roman de Delphine de Vigan dont certains passages m'ont bouleversés. S'il est essentiellement question des différentes gratitudes que l'on peut ressentir à la fin de notre vie, les mots qui m'ont en réalité le plus touchés sont en lien avec les facultés physiques ou mentales que nous pouvons perdre en vieillissant.


Dans les gratitudes, nous suivons les débuts de Michka en maison de retraite à travers la voix de Marie sa petite fille adoptive et de celle de Jérôme son orthophoniste.


"Vieillir c'est apprendre à perdre,

Encaisser, chaque semaine ou presque, un nouveau déficit, une nouvelle altération, un nouveau dommage. Voilà ce que je vois." Jérôme


Petit aparté, car la synchronicité a voulu que je rencontre Jean-Claude* la veille où je finissais Les Gratitudes de Delphine de Vigan. Un soir de maraude avec le Samu social, nous avons trouvé cet homme de plus de 80 ans errant dans la rue le front en sang. Il s'était endormi après un premier malaise dans l'après-midi et s'était réveillé en panique car il n'avait plus rien à donner à manger son chat. Il était ensuite tombé plusieurs fois dans les escaliers du magasin où il s'était rendu et tentait non sans peine de rentrer chez lui. Loin de moi l'idée de faire pleurer dans les chaumières, mais plutôt de partager cette même peur que m'a confié Jean-Claude ce soir là, "et si ma tête et mon corps ne pouvaient plus me porter ? Ne serait-ce pas le moment de demander de l'aide ?". Fin de cette parenthèse.


Michka quant à elle perd la parole, les mots, les mixe, les remplace par d'autres, en invente, mais ne perd pas de vue son envie la plus profonde : remercier les personnes qui l'ont recueillie pendant l'occupation allemande. Elle demande à Marie de passer une nouvelle fois une annonce pour les retrouver.


Ses journées se ressemblent, ponctuées de solitude, de pertes de nouveaux mots, de visites de son orthophoniste le mardi et le jeudi et de Marie le week-end, le reste du monde continue sa vie et de son côté elle est dans l'attente de prononcer ce mot qu'elle a perdu également : Merdi.


"On croit toujours qu'on a le temps de dire les choses, et puis soudain c'est trop tard".

Merci Delphine d'avoir une nouvelle fois trouvé les mots, d'avoir inventé ces histoires de vie pour raconter les nôtres, d'avoir une nouvelle fois décrit si bien ce que l'on peut ressentir depuis l'enfance, avec les mots justes que nous cherchions depuis si longtemps.


Avant de se quitter je partage un dernier extrait qui me parle particulièrement. C'est la voix de Marie.


*j'ai évidemment changé le prénom.

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